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Chercheuse du mois : Ines Yagi

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Ce mois-ci, nous sommes fiers de vous présenter Ines Yagi, professeure adjointe à l’École de counselling, psychothérapie et spiritualité.

Ses recherches portent sur le traumatisme, la résilience et la croissance post-traumatique. Elle s’intéresse particulièrement à la manière dont les personnes et les communautés cheminent vers la guérison, reconstruisent leur identité, vivent leur spiritualité et donnent un sens à leur vécu à la suite d’expériences traumatiques. Dans ses travaux, la professeure Yagi conjugue les perspectives de la recherche et de la pratique clinique afin de mieux comprendre les processus liés au parcours de survivance, au dévoilement, à l’incarnation et à la guérison relationnelle.

Dans cet article, la professeure Yagi explique ce qui l’a amenée à étudier les expériences de violence sexuelle, pourquoi la guérison est possible et comment nous pouvons tous contribuer à créer des espaces plus sûrs où les personnes survivantes peuvent guérir.

Qu’est-ce qui vous a inspiré à choisir ce domaine de recherche ?

J’ai choisi de me concentrer sur les expériences de violence sexuelle vécues par les hommes parce qu’il s’agit d’un enjeu encore sous-déclaré, peu reconnu et souvent négligé. Malgré l’attention croissante portée aux hommes survivants, la stigmatisation et les attentes traditionnelles liées à la masculinité continuent de contribuer au silence entourant ces expériences. D’importantes lacunes subsistent dans notre compréhension non seulement du traumatisme, mais aussi de la façon dont les personnes survivantes guérissent, reconstruisent leur identité, donnent un sens à leur expérience et vont de l’avant.

Quelles sont les trois choses que vous souhaiteriez que les gens sachent à propos de votre domaine de recherche ?

  1. La violence sexuelle peut toucher n’importe qui.
    Elle pourrait toucher un frère, un ami, un voisin, un collègue ou une autre personne que nous aimons, et elle survient plus souvent que bien des gens le croient. Pour les hommes survivants en particulier, la stigmatisation et les attentes traditionnelles liées à la masculinité peuvent rendre ces expériences particulièrement difficiles à dévoiler.
  2. La guérison est possible.
    Le traumatisme peut profondément marquer la vie d’une personne, mais il n’a pas à définir son avenir. Je pense souvent au kintsugi, cet art japonais qui consiste à réparer la céramique brisée avec de l’or plutôt qu’à dissimuler les endroits où elle s’est fracturée. De la même façon, guérir ne consiste pas à effacer ce qui s’est passé, mais à trouver des façons de se reconstruire, de donner un sens à son expérience, de renouer des liens et d’aller de l’avant.
  3. Briser le silence est essentiel, et nous avons tous un rôle à jouer.
    Les personnes survivantes ne devraient pas avoir à souffrir seules. Nous pouvons contribuer à créer des espaces plus sûrs pour le dévoilement et la guérison en écoutant avec empathie et compassion, en évitant de porter des jugements et en restant disposés à écouter, même lorsque nous ne comprenons pas entièrement l’expérience d’une autre personne.

Pourriez-vous recommander des ressources à ceux qui souhaitent en savoir plus sur votre domaine de recherche ?

Aux personnes qui souhaitent en apprendre davantage, je recommanderais d’abord des ressources qui sensibilisent précisément à la violence sexuelle envers les hommes et les garçons, notamment à la stigmatisation, aux idées reçues, aux obstacles au dévoilement et aux défis particuliers que peuvent vivre les hommes survivants. Des organismes comme 1in6 offrent du matériel éducatif accessible, des recherches, des témoignages de survivants et des ressources axées précisément sur les abus et les agressions sexuels envers les hommes.

Je crois aussi qu’il est important de comprendre le traumatisme au-delà de ses dimensions cognitives ou psychologiques. Le traumatisme peut avoir des effets profonds sur le corps et le système nerveux; c’est pourquoi la guérison ne peut pas toujours passer uniquement par la parole. Les ouvrages de Peter Levine In an Unspoken Voice: How the Body Releases Trauma and Restores Goodness et Waking the Tiger: Healing Trauma sont de précieuses ressources pour comprendre le traumatisme selon une approche axée sur le corps et pour explorer comment la sécurité, la stabilisation et la reconnexion avec le corps peuvent faire partie du processus de guérison. The Body Keeps the Score, de Bessel van der Kolk, est une autre ressource accessible pour comprendre les liens entre les expériences traumatiques, le cerveau, le corps et le rétablissement.

Enfin, j’encouragerais les gens à se familiariser avec les organismes qui travaillent directement auprès des hommes survivants. À Ottawa, Men & Healing offre des services spécialisés de psychothérapie individuelle et de groupe, y compris des services de rétablissement à la suite d’un traumatisme pour les hommes ayant subi des abus physiques ou sexuels, ou les deux, durant l’enfance. Aux États-Unis, 1in6 offre de l’information, des ressources pour les survivants, des groupes de soutien en ligne et de l’éducation à l’intention des hommes survivants et des personnes qui les soutiennent. Des organismes œuvrent également à l’échelle internationale, notamment en contexte africain, pour lutter contre la violence sexuelle envers les hommes et les garçons. Il est important d’explorer ces ressources communautaires et ancrées dans leur contexte culturel, car notre compréhension de la violence sexuelle comme de la guérison doit dépasser une seule perspective culturelle ou occidentale.

Où peut-on consulter certains de vos travaux de recherche récents ?

  • Yagi, I. (2026). Sexual Violence Against Men in Canada: Relational Challenges and Pathways to Resilience—Insights on Masculine Norms with Broader Implications. Social Sciences, 15, 178. https://doi.org/10.3390/socsci15030178
  • Yagi, I., et Sonier, M. (2025). Beauty and Art as Pathways to Healing After Sexual Violence: A Comparative Study in the Democratic Republic of Congo and Canada. Social Sciences, 14, 686. https://doi.org/10.3390/socsci14120686

Merci, Ines, de nous avoir fait part de vos réflexions et de votre approche porteuse d’espoir sur ce sujet difficile.

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