
Ce mois-ci, nous mettons en avant les travaux de recherche particulièrement pertinents de Schallum Pierre, professeur à temps partiel à l’École de communications sociales.
Ses travaux portent sur la gouvernance éthique de l’intelligence artificielle, à la croisée de la normalisation internationale et de la sécurité, notamment face aux menaces hybrides et aux systèmes de renseignement, surveillance et reconnaissance (Intelligence, Surveillance, and Reconnaissance ou ISR). Membre du comité miroir canadien de l’ISO/IEC JTC 1/SC 42, il contribue à positionner le Canada comme acteur de référence en gouvernance responsable de l’IA dans les secteurs à haut risque.
Il explique ci-dessous ce qui l’a attiré vers ce domaine de recherche, ce qu’il souhaiterait que davantage de personnes comprennent à ce sujet, et où obtenir plus d’informations.
Qu’est-ce qui vous a inspiré à choisir ce domaine de recherche ?
Mon parcours en philosophie puis en bioéthique m’a rendu sensible aux rapports de pouvoir et aux impacts asymétriques des technologies sur les populations et les institutions. En voyant l’intelligence artificielle s’imposer rapidement dans des secteurs à haut risque — santé, sécurité, défense — sans cadres de gouvernance adéquats, j’ai voulu mettre cette sensibilité éthique au service d’une régulation concrète et applicable, à l’intersection de la normalisation internationale et de la sécurité.
Quelles sont les trois choses que vous souhaiteriez que les gens sachent à propos de votre domaine de recherche ?
- La gouvernance de l’IA n’est pas qu’une question technique, c’est une question de pouvoir et de confiance. Les cadres comme ISO/IEC 42001 ne servent pas seulement à cocher des cases de conformité; ils déterminent qui porte la responsabilité quand un système d’IA cause un tort, et à qui profite réellement l’innovation.
- La sécurité et l’éthique de l’IA ne sont pas des priorités concurrentes. Dans des domaines comme le renseignement, la surveillance et la reconnaissance (ISR), une IA mal encadrée devient elle-même une source de risque. La rigueur éthique est une condition de la résilience, pas un frein à celle-ci.
- Le Canada a une carte à jouer sur la scène internationale. À travers des tribunes comme le comité miroir canadien de l’ISO/IEC JTC 1/SC 42, on peut influencer (soft power) éthiquement les normes mondiales de l’IA plutôt que simplement les subir, mais cela exige d’investir maintenant dans cette expertise normative.
Pourriez-vous recommander des ressources à ceux qui souhaitent en savoir plus sur votre domaine de recherche ?
Pour une porte d’entrée technique, la norme ISO/IEC 42001:2023 (système de management de l’IA) et les publications du NIST AI Risk Management Framework offrent des cadres de référence solides.
Pour le lien entre IA et sécurité, je recommande de suivre les travaux de l’Institut intelligence et données (IID) de l’Université Laval, de l’OBVIA (Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique), ainsi que ceux du comité canadien de l’ISO/IEC JTC 1/SC 42, qui rendent périodiquement publics certains de leurs travaux.
J’invite aussi les personnes intéressées à consulter mes deux articles récents, qui abordent ces enjeux sous deux angles complémentaires :
- « Éthique de l’IA : gestion des risques et impacts selon ISO/IEC 42001:2023 », Techniques de l’Ingénieur, 10 mars 2026.
- « L’intelligence artificielle dans l’ISR : défis éthiques et perspectives canadiennes face aux menaces hybrides », Revue Défense Nationale, 886(1), p. 93-99.
Merci, Schallum, de nous avoir fait part de vos réflexions !