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Le pardon au sein du couple, est-ce possible ?

25 juin 2019 - Marie-Rose Tannous, professeure à l’École de counselling, de psychothérapie et de spiritualité de l’Université Saint-Paul, s’exprime sur le pardon au sein du couple dans un article qui paraîtra à l’automne 2019 dans le journal Le Droit.

Pardonner, est-ce dénier ?
Il est très commun de confondre déni et pardon, oubli et pardon. En conséquence, nier l’offense, la banaliser, la refouler ou chercher à l’oublier fait du pardon le synonyme du déni. Or, pardonner nécessite une bonne mémoire, capable de nommer et de décrire l’offense et de verbaliser les émotions qu’entraîne la blessure comme résultante de l’offense. Le pardon n’est aucunement une banalisation du mal commis ni une justification.

Qu’est-ce que le pardon ?
Le pardon serait ce cheminement de guérison dans lequel s’engage la personne offensée, de même que celle qui a commis l’offense. La guérison est un chemin de libération du poids de la blessure subie ou causée. Cette dernière est génératrice d’un amalgame d’émotions comme la colère, la rancune, la haine, la culpabilité et le besoin de se venger. Certaines blessures touchent à l’image de soi ainsi qu’à celle de la personne qui a commis l’offense. Il est, par conséquent, question de pauvre estime de soi, d’une déception et d’une déstabilisation émotionnelle, surtout si la personne qui a commis l’offense représentait une figure d’attachement fiable pour la personne offensée. Le pardon devient un processus libérateur qui permet de nommer la blessure, donc de ne pas la nier ni de la justifier. Pardonner est une volonté de ne pas rester figé dans une condition de victimisation ou de criminalisation. Le pardon est la preuve que l’être humain n’est pas sa blessure ni son offense et qu’il est capable de grandir à travers ses épreuves. Il est ainsi important de ne pas imposer le pardon ni d’accélérer le processus, mais de respecter le cheminement personnel de chaque personne. Pour un(e) croyant(e), le pardon est une grâce. Dans la tradition chrétienne, un(e) croyant(e) croit être un enfant de Dieu pardonné et racheté par Lui. Le pardon est un don qui se reçoit, mais qui ne peut être imposé.

Peut-on pardonner une trahison dans le couple ?
Il est important de s’entendre sur la définition de la trahison. Serait-ce l’infidélité ? Cette dernière serait-elle une obligation d’exclusivité sexuelle ?
Pour plusieurs partenaires, la tromperie ne se limite pas à une relation sexuelle génitale, aux baisers, aux caresses et autres. Elle est de l’ordre des limites instaurées au sein du couple, qui seront transgressées. Pour d’autres, elle est de l’ordre des émotions ou des pensées comme fantasmer sur une autre personne, lui écrire des lettres, lui exprimer des sentiments ou souhaiter être en présence de cette personne. En dépit de la diversité des définitions, l’infidélité demeure une blessure d’amour (Salomon, 2003). Elle est une trahison de la confiance placée en une personne.

La trahison fait appel au deuil de la promesse faite de la part d’une personne envers le /la partenaire. Dans un premier temps, ce deuil, comme tout autre deuil, peut se vivre comme un choc émotionnel, voire comme un traumatisme.
Est-il ainsi possible de pardonner et de se relever à la suite de ce choc ?
Il est difficile de répondre à cette question alors que la blessure est vive. Certains couples décident de se séparer. Ils dramatisent et ne peuvent concevoir une issue à la trahison. Proposer le pardon ou demander le pardon semble être prématuré. Le lien est rompu, l’amour est blessé et la confiance est brisée. Cependant, plusieurs considèrent que l’infidélité est révélatrice d’un préalable dysfonctionnement conjugal qui mérite d’être repensé. Ces couples décident de s’investir dans la réparation de leur relation. Ils saisissent l’ampleur de la situation et affrontent son poids (Salomon, 2003). Il est osé de dire que la trahison sert ainsi de tremplin et qu’une transformation peut se faire, mais pour certains couples, c’est le cas. Cette démarche fait appel au pardon et à la compassion. Le pardon vient mettre l’amour au centre de la relation. N’est-ce pas le couple qui est le lieu de guérison et de pardon ?

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Marie-Rose Tannous est titulaire de deux maîtrises en théologie et en counselling et psychothérapie et possède aussi un doctorat en théologie. Elle est professeure à temps partiel à l’Université Saint-Paul et est psychothérapeute conjugale et familiale autorisée par l’Ordre des psychothérapeutes de l’Ontario.

Référence
Salomon, P. (2003). Bienheureuse infidélité, Albin Michel.

 



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