Centre de recherche en éthique publique et gouvernance
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Énoncé de mission

Notre monde contemporain est marqué par une désaffection politique soutenue par une certaine forme de cynisme face à la politique. Difficile d’échapper à ce cynisme quand les citoyens se transforment en spectateurs impuissants des scandales politiques et des manquements à l’éthique de leurs représentants, en victimes des différentes crises – politiques, économiques, financières et environnementales. Comment gouverner dans un monde dominé par l’incertitude et l’urgence? Comment établir des principes éthiques dans un monde marqué par le pluralisme des valeurs et des conceptions du monde? Nos sociétés complexes appellent un renouvellement de la pensée politique et de l’éthique.

Face à ce monde se complexifiant toujours davantage, un monde où les intérêts privés et publics s’entremêlent, la question de la gouvernance devient de plus en plus criante. Mais que signifie au juste ce nouveau concept de « gouvernance »? Une des difficultés de ce terme, c’est qu’il est utilisé dans différents contextes, autant dans les situations d’administration publique que dans la gestion d’entreprise. Au 13e siècle, les Français utilisaient ce terme comme synonyme de gouvernement, il désignait plus exactement l’art et la manière de gouverner. Au siècle suivant, les Anglais adoptèrent le terme governance dans la même acception. L’utilisation de gouvernance tomba par la suite en désuétude et refit son apparition dans les années 1980 dans un discours de la Banque mondiale. Plusieurs agences de coopération, telles que le Fonds monétaire internationale (FMI) et le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) reprirent l’expression et, en vingt ans, elle est redevenue d’usage courant. Dans un article de 2005, le directeur des programmes mondiaux à l’Institut de la Banque mondiale, Daniel Kaufmann, décrivait en ces termes la gouvernance :

On entend par gouvernance l’ensemble des traditions et des institutions par lesquelles le pouvoir s’exerce dans un pays pour le bien commun. Cela recouvre les procédures selon lesquelles les dirigeants sont choisis, contrôlés et remplacés (aspect politique); la capacité du gouvernement à gérer efficacement ses ressources et à appliquer des politiques avisées (aspect économique); et le respect des citoyens et de l’État envers les institutions nationales (respect institutionnel)[1].

Comme le concept de gouvernance ne se limite pas au niveau de l’administration publique, mais touche aussi le domaine privé, les organisations civiques, les régions, les continents, voire le niveau mondial, nous pouvons étendre sa définition. Gilles Paquet soutient qu’étudier la gouvernance voudrait donc dire : examiner la distribution des droits, des obligations et des pouvoirs qui fondent l’arrangement des organisations; comprendre comment ces organisations coordonnent leurs activités parallèles et maintiennent leur cohérence; examiner les moyens par lesquels procèdent la coordination entre les organisations et les prérequis de leur collaboration; explorer les sources de dysfonctionnement et les problèmes de réseaux d’organisations et finalement, proposer des suggestions et des moyens de redéfinir l’architecture des organisations et des réseaux quand certains problèmes de gouvernance apparaissent[2].

Le Centre de recherche en éthique publique et gouvernance se veut un lieu de réflexion interdisciplinaire sur ces différents enjeux contemporains qui s’établissent à la jonction entre l’éthique et la politique. Il requiert une attention particulière à une double problématique :

1) Existe-t-il une éthique propre au domaine politique? Ou, pour le dire autrement, doit-on et peut-on moraliser la politique? L’État moderne a été conçu à même le processus de sécularisation, entendu comme séparation entre l’État et la religion. Machiavel, penseur de cette modernité politique, ne conseillait-il pas justement au prince de ne pas chercher à être bon? Comment donc élaborer une éthique publique, une éthique qui s’adresse au domaine politique, dans ce contexte séculier et pluraliste? Comment distinguer et juger la bonne pratique de la mauvaise dans le contexte d’un État libéral qui se dit neutre au niveau des valeurs et du bien?

2) Notre monde contemporain est le théâtre de changements sociaux profonds qui affectent le domaine politique. Face à ces transformations du monde, dont la mondialisation est le signe marquant, il importe de prendre un nouveau point de vue sur la politique. Le terme de « gouvernance » vient marquer cette tentative de repenser le domaine politique, de repenser sa fonction. Comment faire de la politique « une sphère d’innovation » (Innerarity) qui pourra répondre aux nouveaux enjeux et problèmes? Cette deuxième problématique, reliée à la première, devra aussi prendre en compte la question éthique, c’est-à-dire la question de la bonne gouvernance – ou est-ce que le concept même de gouvernance n’implique pas déjà une certaine éthique implicite? Le terme de gouvernance n’est pas limité au domaine politique, il s’agira donc de réfléchir ce concept dans ces différents champs d’application – société civile, domaine privé, domaine de la santé…

Afin de mener à bien ce travail de réflexion, le Centre de recherche en éthique publique et gouvernance privilégiera l’interdisciplinarité et les réseaux de recherche. Dès sa création, le Centre pourra compter sur des membres de différentes institutions canadiennes, mais visera un élargissement de ces partenariats. Il visera, entre autres, la création d’un partenariat avec le Centre d’études en gouvernance de l’Université d’Ottawa, dirigé par Caroline Andrew. Ce centre travaille plus particulièrement sur la territorialisation de la gouvernance et les mécanismes précis de gouvernance. Notre réflexion axée sur l’éthique publique, la philosophie et le leadership se voudra donc complémentaire à sa recherche.

Le Centre d’éthique publique et de gouvernance se veut un lieu de visibilité et de diffusion de la recherche, favorisant la collaboration entre chercheurs de l’USP et ceux d’autres institutions et centres de recherche. Il permettra la formation à la recherche des étudiants et étudiantes, tout en contribuant à leur sentiment d’appartenance. Les activités du centre seront axées sur la réflexion en commun et les échanges intellectuels de haut niveau afin de promouvoir l’avancement des connaissances en éthique et le rayonnement de notre université, confirmant ainsi l’éthique publique comme créneau d’excellence à l’USP.


[1]   Daniel Kaufmann, « 10 idées reçues sur la gouvernance et la corruption », Finances & Développement, septembre 2005, p. 41.

[2]   Voir Gilles Paquet, « Introduction », dans Mémoires de la Société royale du Canada, La gouvernance au 21e siècle, Sixième série, Tome X, 1999, p. 14-15.